L’Université Laurentienne : quatre ans après la crise financière
Le 1er février 2021, l’Université Laurentienne faisait l’histoire en devenant le premier établissement postsecondaire public canadien à invoquer la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC). Cette procédure, réservée aux entreprises en difficulté, a entraîné la suppression de 69 programmes, dont 28 en français, ainsi que le licenciement d’une centaine de professeurs et la rupture avec les universités fédérées. Quatre ans plus tard, la crise continue de laisser des traces profondes. Pour Nathalie Poulin Lehoux, vice-rectrice associée aux affaires francophones depuis octobre 2023, l’un des principaux défis reste de reconstruire la confiance des francophones envers l’établissement. Elle reconnaît que le ressentiment est encore vif, mais trouve la situation malheureuse : Nathalie Poulin Lehoux avait notamment travaillé au Collège Boréal dans différents postes, dont la directrice de l’éducation, avant de devenir vice-rectrice aux affaires francophones à l’Université Laurentienne. Photo : Radio-Canada / Éric Robitaille Elle ajoute que les centaines de francophones qui travaillent toujours pour l’université se sentent souvent exclus du reste de leur communauté. Elle admet aussi avoir ressenti de la honte en rejoignant l’administration. Je suis une personne francophone qui a toujours vécu dans le Nord de l’Ontario, qui a toujours œuvré en français, puis là je suis une administratrice [à l’Université Laurentienne]. J’ai eu honte, je me questionnais beaucoup par rapport à ça. Cependant, elle insiste sur sa vision personnelle pour l’éducation postsecondaire bilingue comme nécessitant des collaborations interinstitutionnelles afin de maximiser les ressources disponibles aux francophones. Patrick Venne, conseiller au bureau des affaires francophones, partage cette vision de reconstruction. Patrick Venne avait tenu plusieurs postes en enseignement et en direction à Chapleau et Sudbury avant de rejoindre l’équipe de la vice-rectrice aux affaires francophones de l’Université Laurentienne. Photo : Radio-Canada / Éric Robitaille Pour lui, la priorité est de rebâtir les liens avec la communauté : Il reconnaît les doutes sur l’engagement de la Laurentienne envers les francophones et juge que la Laurentienne pourrait en faire plus pour démontrer qu’elle est digne de confiance : Du côté des étudiants, les souvenirs de l’incertitude de la crise demeurent présents. Caleb Smith, étudiant en quatrième année en sciences infirmières et coprésident de l’Association des étudiants en sciences infirmières, se souvient du choc en arrivant à l’université en 2021, alors que la restructuration venait d’éclater. Il admet avoir douté de son choix en raison de la situation financière et institutionnelle précaire. Caleb Smith admet avoir considéré la possibilité d'étudier les soins infirmiers en anglais pour éviter les conséquences des coupes même s'il croit fermement en la nécessité d'offrir des soins de santé en français. Photo : Radio-Canada / Éric Robitaille En revanche, il se dit rassuré par la qualité de son programme, même s’il admet qu’il y a toujours des lacunes. Dès qu’on sort du département {de sciences infirmières}, on sent bien que l’environnement est majoritairement anglophone. Marcel Aliman, doctorant en sciences humaines et interdisciplinarité, a vécu la crise de manière plus distante Marcel Aliman travaille sur sa thèse de doctorat intitulée La formation à la pensée critique des joueurs ivoiriens d’élite de handball en situation d’entrainement sportif. Photo : Radio-Canada / Éric Robitaille Même s’il n’a pas été capable de poursuivre son plan original d’étudier en sciences de l’éducation, il ne regrette aucunement son choix de l'établissement postsecondaire : Aubin Lamme, étudiant à la maîtrise en études relationnelles, lui, a vécu la situation avec beaucoup d’anxiété et d’incertitude. Aubin Lamme poursuit ses recherches dans l’insertion professionnelle des enseignants issues de l’école de l’éducation de l’Université Laurentienne.
Photo : Radio-Canada / Éric Robitaille Ehouman Charles Coulibaly, en première année de son programme de maitrise, étudie le retour aux études des immigrants. Photo : Radio-Canada / Éric Robitaille Ehouman Charles Coulibaly, également étudiant à la maîtrise en études relationnelles, conclut que la coupe des programmes avait fait vraiment mal et éloigné certains étudiants, mais se dit toujours reconnaissant de ce que l’Université Laurentienne fait pour la communauté. L’Université vit toujours. J’ai déploré ce que j’ai pu déplorer. [...] Pour le moment, je lui dis merci. Avec les informations d’Éric Robitaille Je trouve que ça divise encore plus la communauté francophone.

On est minoritaire ici, donc c’est plus difficile. Mais ça vaut la peine d’avoir les discussions difficiles et de créer les politiques nécessaires pour bien vivre ensemble.
a-t-elle affirmé.
Il y a un traumatisme, car les gens ont été affectés professionnellement et personnellement. Mais, c’est important d’avoir la discussion: comme communauté francophone, comment fait-on pour se soutenir et comment fait-on pour avancer?
On ne communique pas toujours nos bons coups. Les choses qui se font en français à la Laurentienne sont incroyables.
Entre anxiété et gratitude
Quand j’avais soumis mon application, la crise n’était pas encore publique. Mais au moment où j’ai accepté mon offre, tout avait déjà explosé dans les médias,
a-t-il précisé.
Quand je suis arrivé, je n’étais pas au courant des difficultés financières.

Pour moi, personnellement, c’était un très bon choix
.
On apprend, un matin, que l’Université avait des problèmes financiers. [...] On nous disait que l’université pouvait fermer à tout moment. Certains parmi nous se sont inscrits dans d’autres universités pour ne pas être victimes de cette fermeture.
a-t-il raconté.
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